Rencontre avec la délégation du FMI: CARE livre son analyse

Communiqués de care

PAR : CARE
24 Juillet 2022

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Dans le cadre des consultations régulières que le FMI tient avec les acteurs économiques pour échanger sur la conjoncture économique, CARE a été invité à rencontrer la délégation du Fonds Monétaire. La réunion s’est déroulée le 17 juillet 2022 au siège de la Banque d’Algérie.

Cette rencontre a été initiée pour mener les discussions techniques du FMI pour la mise à jour de ses informations en vue d’analyser les perspectives économiques et de préparer la mission de l’article IV.


I- Les échanges:

CARE a entamé le débat par la présentation de l’association et de ses activités. 

Les experts du FMI ont par la suite orienté les échanges sur les questions qu’ils souhaitaient traiter:

    • l’analyse de CARE sur l’impact du Covid sur l’économie et les perspectives de reprise à travers le plan d’action du gouvernement pour relancer la croissance, encourager l’emploi et endiguer l’inflation. Quels seraient les défis qui attendent l’entreprise algérienne?

 

  • A propos du plan de développement:

 

-  CARE a d’emblée placé sa réflexion dans un cadre général en affirmant que, sur ce point, les défis demeurent identiques à ceux du passé, à savoir la diversification de l’économie.

Le dernier classement de la Banque Mondiale des pays par PIB place l’Algérie dans la catégorie inférieure, ce qui démontre encore une fois le caractère impératif et vital de la diversification des exportations. 

Pour CARE, la question est de savoir comment sortir l’économie algérienne des cycles courts d’embellie pour la placer dans des cycles longs de croissance, sans désaccumulation.

Mais, a estimé CARE, le programme de relance du gouvernement est trop incohérent, trop cloisonné pour pouvoir espérer une relance de l’ensemble de l’économie. 

Cloîtré à l’intérieur d’un système de rente pétrolière, le gouvernement édicte des politiques de développement qui isolent les secteurs les uns des autres et qui ne favorisent pas l'émergence d’une économie diversifiée. Cette démarche inquiète CARE fortement car cela ne permettra ni de développer les exportations, ni de promouvoir l’emploi, ni de maîtriser l’inflation. 

- Le secteur financier de son côté tarde à être réformé: en dépit des multiples demandes des acteurs économiques et propositions d’experts, le secteur n’est réformé ni dans sa gouvernance ni par la nécessaire digitalisation. 

- Le nouveau code des investissements: une initiative louable de promouvoir la liberté d’entreprendre et de conforter les investisseurs nationaux et étranger, cependant contrarié par le renvois aux décrets d’application, qui tardent à venir et/ou dénaturent l’esprit premier de la loi.  

CARE insiste aussi sur le renvoi au second plan des avantages fiscaux et parafiscaux, voire leur élimination. Les retards que subissent alors les investissements en Algérie contraignent au remboursement de ces avantages, octroyés pour un temps limité. Les opérateurs s’en trouvent sévèrement pénalisés et désemparés par une bureaucratie pesante.

Pour assainir la situation, les opérateurs souhaiteraient définir les modalités d'un climat des affaires serein et encourageant plutôt qu'une série davantage fiscaux et parafiscaux qui finissent par poser plus de problèmes qu’ils n’en résolvent. 

 

  • A propos de l’impact de la crise sanitaire:

 

CARE fait remarquer à ce sujet que le COVID a eu des effets désastreux sur les PME-PMI. Pour autant, le plan de sauvetage du gouvernement n’a été élaboré que pour le seul bénéfice des entreprises publiques et des starts-up. 

 

  • A propos des restrictions au commerce international:

 

  • CARE relève ici deux contraintes majeures: la soudaineté de ces décisions et leur manque de pertinence: outre que les restrictions des importations se décident et s’appliquent sans délai, la réflexion qui les subordonne est menée en vase-clos, sans concertation avec les acteurs économiques. 
  • CARE constate une distorsion totale dans l'intermédiation entre l'entreprise et le pouvoir politique et économique: les AP/OP se trouvent dans l’incapacité de remplir leurs rôles dans un contexte contraint comme celui qui prévaut aujourd'hui. Les décisions sont prises sans en mesurer l'impact sur ceux qui les subissent et qui n'ont aucun moyen de recours du fait de la mauvaise intermédiation.
  • CARE relève aussi que les agences de garantie des exportations ne possèdent pas toute l’information sur les besoins de l’industrie en termes d’importation, les industriels étant eux-mêmes plus à même de décider de leur besoin et des marchés auprès desquels ils peuvent s’approvisionner.

Avec le faible taux d’intégration de l’industrie nationale (30%), ces restrictions constituent une entrave à l’activité industrielle, fortement connectée à la chaîne des valeurs mondiale, et la voie ouverte vers la faillite des PME, et vers une explosion du chômage déjà très élevé. 

  • Les restrictions du commerce international s’exercent aussi par le biais des crédits bancaires, système à double-éviction des PME-PME privées: elles sont écartées du système de financement bancaire en raison de leur statut et en raison de l’impossibilité, pour elles, de fournir les trois niveaux de garanties  que leur exigent les banques. De ce fait, les banques financent les entreprises publiques, en priorité et en majorité.

II- Les préconisations: 

A la question du FMI sur les préconisations à court-terme pour rétablir les équilibres en matière d’inflation et de chômage, CARE est resté positionné sur les aspects macro,  insistant sur la nécessité d'abandonner les traitements court-termistes, d’autant que pour ce qui est de l’inflation, le gouvernement devrait éviter de subventionner la consommation par la subvention des produits (notamment importé, comme le lait, le blé)  et la distribution de la rente (allocation Chômage, augmentation des salaires de la fonction publique). Une démarche socialement dangereuse si elle n’est pas menée en parallèle par une relance de l'économie productive, et donc de l’emploi.

CARE a ainsi recommandé que l’Etat revienne à son rôle de régulateur tout en encourageant et en soutenant des réformes sur tous les fronts: 

  1. En premier lieu, CARE recommande d’ériger des espaces de dialogues entre les acteurs économiques et les  institutions afin d’instaurer la confiance, propice à la création d’un climat des affaires serein. 
  2. Permettre la formation d’une bulle vertueuse avec un secteur financier ouvert à une plus grande concurrence et qui introduit de nouveaux produits de financement des PME-PMI. Le factoring est considéré par CARE comme l’outil idoine pour la mobilisation des créances. Cela faciliterait ainsi la production des biens et services, en prémunissant les PME-PMI des retards de paiements et impayés devenu une pratique courante. 
  3. Idem pour les organismes de garantie des exportations, trop peu nombreux pour engager les entreprises sur la voie de l’international avec les risques que cela comporte. 
  4. Le système des subventions doit être révisé pour soutenir les consommateurs à faibles revenus plutôt que les produits, généralement d’importation, subventionnant de facto les producteurs étrangers et ainsi réorienter les subventions de l’import vers les producteurs agricoles nationaux pour encourager la production nationale.
  5. Réformer le foncier industriel en multipliant l’offre des zones industrielles et d'activités avec la promotion de ces dernières par les Wilayas désireuses d’attirer les investisseurs et donc les créateurs d’emplois.  
  6. La refonte totale de la fiscalité, autre source d’injustice et d’arbitraire, de fuite fiscale et de perte de revenus pour le Trésor public.
  7. Attirer le secteur informel dans la sphère économique formelle par la réduction du coût d’opérer dans l’économie formelle et rendre prohibitif l’activité dans l’informel. La fiscalité algérienne doit passer d’une fiscalité confiscatoire a une fiscalité participative de l'ensemble des opérateurs.
  8. Enfin CARE insiste pour le rétablissement en priorité de la CONFIANCE, par la tenue des engagements des pouvoirs publiques, la concertation et donc la prédictibilité des mesures, lois et directives gouvernementales, l’élimination de l’arbitraire et la régulation TRANSPARENTE de l’économie sans distinction de secteur Privé, ou Publique. 

Ces démarches sont présentées par CARE comme les préalables à une refonte du système économique qui doit sortir des visions court-termistes et de la logique de la mono exportation, l’unique enjeu étant la diversification.