Mohand Touazi .Industriel, membre de CARE : «Un taux de chômage encore plus élevé est inévitable»

Care dans la presse


30 Octobre 2019

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Mohand Touazi .Industriel, membre de CARE : «Un taux de chômage encore plus élevé est inévitable»

https://www.elwatan.com/pages-hebdo/sup-eco/mohand-touazi-industriel-membre-de-care-un-taux-de-chomage-encore-plus-eleve-est-inevitable-28-10-2019
 

Membre du Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (CARE), Mohand Touazi estime dans cet entretien que le changement de paradigme ne peut se faire dans le contexte d’incertitude politique actuelle. Pour lui, le véritable enjeu est de répondre favorablement à la demande de réformes pour éviter un enchaînement terrible entre modèle économique inadéquat, baisse des ressources, faiblesse des investissements publics et troubles sociaux.

 

Avec une situation économique déjà dégradée ces dernières années, comment évaluer l’impact de l’instabilité politique sur le monde de l’emploi en l’absence de données sur ce sujet ?

Oui, la situation économique du pays est dégradée depuis longtemps du fait du modèle économique qui prévaut. Celui-ci est basé sur la distribution de la rente via les dépenses publiques. La création de la valeur ajoutée «saine» n’a jamais réellement été à l’ordre du jour des décideurs économiques.

Les recettes pétrolières étaient suffisantes jusqu’en 2015 pour faire face aux différents déficits. Après la chute des prix du pétrole, le financement de ces déficits est devenu problématique. Il s’est d’abord fait par la consommation du FRR (Fonds de régulation des recettes), pour ensuite passer au fameux financement non conventionnel en septembre 2017.

 

Ceci en ce qui concerne les problèmes structurels de l’économie algérienne.

Concernant le manque de données sur l’emploi, il est très handicapant pour toute évaluation ou projection sérieuse des politiques publiques ou même le calcul de l’impact de mesures simples.

En effet, nous ne pouvons pas avoir de statistiques fiables avec une économie dont peut-être 50% sont dans la sphère informelle. Ajouter à cela la structure particulière du marché du travail : mis à part les emplois publics, les chiffres de l’emploi privé (de loin supérieurs à ceux du public) ne sont pas correctement collectés, d’où la faible pertinence d’un taux de chômage de 11% officiel.

Mais certains éléments permettent d’analyser la situation…

L’analyse de l’instabilité politique sur l’emploi ne peut se faire qu’en faisant appel à la connaissance et à l’analyse des mécanismes économiques et de la psychologie de l’entrepreneur.

*La banque mondiale vient d’annoncer que le taux de croissance pour 2019 sera de 1,3%. Largement insuffisant pour améliorer le taux d’emploi. Dans son dernier rapport, elle indique que «la capacité de l’économie à réduire le taux de pauvreté peut se trouver limitée du fait des faibles taux de croissance économique, du taux de chômage toujours élevé et de l’incertitude des politiques publiques».

* Dans le projet de Loi de Finances 2020, les dépenses d’équipements ont baissé de 20%, c’est énorme pour une économie dont la dépense publique en est le moteur de croissance. En plus clair, il y aura moins de chantiers dans de nombreux secteurs, en particulier le bâtiment et autres infrastructures de base, et, par conséquent, moins d’embauches, d’où une hausse «mécanique» du chômage.

Comme nous sommes en perspective d’élection, les ressources seront affectées en priorité aux mesures sociales au détriment de l’investissement.

* L’inflation à venir à cause de l’impact de l’utilisation de la planche à billets va grever le pouvoir d’achat des citoyens, ce qui aura pour conséquence une contraction de la demande globale, mais surtout de la demande de biens intermédiaires, dont une partie est produite localement. Cela veut dire que le budget de la famille algérienne ne suffira que pour consommer les produits de base subventionnés (huile, pain, sucre, carburants, soins, scolarité) et dont une partie est importée. La conséquence étant la hausse des importations et la réduction de la production locale.

* Cette instabilité politique est la pire des situations dans la décision d’investir. Aujourd’hui, l’entrepreneur algérien, s’il ne désinvestit pas, il ne peut sereinement envisager un quelconque investissement dans un climat aussi incertain. Ajouter à cela, l’extrême frilosité des banques à consentir des prêts dans un climat de suspicion et de confusion.