Factoring: Une alternative au crédit bancaire

Care dans la presse

PAR : Khelifa Litamine- El Watan
15 Juin 2021

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Le factoring, le levier manquant pour le financement de l’entreprise

La dégradation de la situation économique dans le pays, notamment sur le plan financier, a engendré des difficultés de ressources pour les entreprises afin de se procurer des crédits, mais aussi pour les PME qui n’ont qu’une part de 24% des crédits accordés à l’économie.

Face à cette situation, qui ne fait qu’augmenter le besoin de financement des entreprises, l’affacturage ou le factoring peut constituer une alternative afin de mobiliser des ressources et permettre de relancer le fonds de roulement. Selon l’étude du cabinet de conseil Finabi, à l’échelle mondiale, les «BFR» devraient connaître un allongement de plus de cinq jours en 2020, pour atteindre 74 jours. En valeur, cela représente un total de 8000 milliards de dollars, soit 140 milliards de plus qu’en 2019 (+1,75%).

Ces besoins de liquidités ne sont malheureusement pas sur le radar des décideurs, mais représentent l’équivalent de près de 10% de la masse monétaire mondiale. C’est dire l’importance de ce levier financier, qui permet à l’entreprise d’abord de survivre sinon de continuer à se développer.

Reprenant une analyse datant de 2016 publiée par la Société financière internationale (SFI), les besoins de financement des PME algériennes s’élèvent à 16 milliards de dollars. Mais ces PME restent le parent pauvre de l’économie nationale. Selon la Banque mondiale, l’Algérie se situe à la 181e place mondiale en matière d’accès au crédit pour le secteur privé.

C’est ce qui ressort d’une note d’analyse sur l’affacturage en Algérie, publiée par le cabinet de conseil Finabi, dans le cadre des travaux du Cercle d’action et de réflexion pour l’entreprise (CARE). Cette note s’est intéressée à l’impact de l’affacturage sur le financement des PME, les insuffisances réglementaires et opportunités de développement.

Dans cette étude, le cabinet de conseil a réalisé un diagnostic conceptuel et opérationnel du factoring afin de mesurer «les forces et faiblesses de ce véhicule financier d’un point de vue stratégique» ainsi que sur le plan réglementaire et financier et proposition d’une solution au régulateur afin d’ancrer et de mettre en place promptement ce mode de financement en Algérie, qui se base sur la mobilisation rapide d’une créance.

L’affacturage, qui est une technique du droit commercial par laquelle une société financière, dite le «factor» ou «facteur» ou «affactureur», accepte de se charger des risques de recouvrement des factures d’une entreprise à laquelle elle règle le montant de sa facture moyennant le paiement d’une commission, n’arrive pour l’instant pas à s’installer sur le marché algérien malgré le grand potentiel, les difficultés croissantes que vivent les entreprises en raison de l’accumulation des créances.

Finabi donne un exemple édifiant : A la lecture du rapport annuel de l’année 2019 de Biopharm, leader national dans le l’industrie pharmaceutique, les délais de paiement des clients sont de 120 jours ! Alors que celui de paiement moyen marocain pour ce secteur est de 95 jours. Le délai de paiement moyen en Chine pour ce secteur est de 93 jours.

Finabi conseil estime que les délais de paiement moyens en Algérie sont supérieurs à 68 jours, proches de ceux de la Chine, voire supérieurs. En effet, la crise sanitaire, conjuguée à la crise économique n’ont pas été sans conséquences pour l’entreprise algérienne. Selon Finabi conseil, 50 000 travailleurs se sont retrouvés sans emploi et 18 000 employés ont eu des retards dans le paiement de leurs salaires.

La responsabilité du législateur pointée du doigt

L’émergence de ce genre de financement n’a pas pu aboutir en Algérie bien que les textes existent depuis très longtemps. En effet, les articles 243 bis 14 du code du commerce définissant les modalités d’existence et d’application du factoring laissent entendre qu’il était possible de le lancer, mais il y a eu certaines incohérences qui assimilent le factoring à un effet de commerce ou un instrument de paiement, ajoutant à cela l’absence de définition des règles prudentielles à appliquer aux sociétés de factoring (le texte réglementaire censé fixer ces conditions n’est toujours pas publié).

En outre, le décret 95-331 définissant les conditions d’existence de sociétés de factoring «place ces dernières sous la tutelle du ministère des Finances et non pas sous celui de la Banque d’Algérie et le Conseil de la monnaie et du crédit (nouvelle loi bancaire à publier)», alors qu’une telle évolution «permettrait aux banques d’accéder à ce marché, soit directement soit à travers des filiales ad hoc», précise la note du Care.

En permettant une mobilisation rapide des créances (ressources financières à court terme), on accélère la dynamique de croissance des PME et, par conséquent, le développement économique du pays.

Dans le même sillage, l’étude pointe du doigt le législateur algérien, qui «ne semble pas se préoccuper de l’applicabilité des règles juridiques qu’il a édictées». Par conséquent, il n’est «pas étonnant qu’aucune société de factoring n’ait vu le jour entre 1995 et 2021, soit une période de 21 ans».

Selon le même document, le législateur algérien s’est contenté d’«algérianiser» des textes sans gérer les éventuelles ambiguïtés et contradictions avec les ceux déjà en vigueur, à l’instar de ceux qui codifient l’autorisation, l’agrément et le contrôle des banques et établissements de crédit. Il a estimé dans ce sens que «le ministre des Finances représente, aussi bien en Tunisie et qu’au Maroc, l’autorité chargée de délivrer l’agrément aux banques et établissements financiers après avis de la Banque centrale ou d’un organe consultatif qui lui est rattaché».

En termes de recommandations, le Care a proposé de limiter les délais de règlements des PME à 60 jours maximum, en mettant en place des mécanismes contraignants pour les créanciers ainsi que la possibilité de recours de la part des PME.

https://www.elwatan.com/edition/economie/le-factoring-le-levier-manquant-pour-le-financement-de-lentreprise-15-06-2021