Ali Kahlane: "On doit protéger nos réseaux de transport"

Care dans la presse

PAR : Mohamed OuanezarL'Expression
04 Avril 2021

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Dans une interview accordée à notre journal, l'expert international, Ali Kahlane, Ph.D, Senior Consultant en stratégie, transformation et maturation numériques et vice-président du think tank Care, aborde les questions relatives à la cybersécurité et les voies et moyens que devrait suivre l'Algérie pour se prémunir contre les phénomènes d'éventuelles attaques.

L'Expression: Quel est l'environnement numérique de l'Algérie?
Ali Kahlane: Nous jouissons en Algérie d'une télé-densité mobile de plus de 113%, l'une des plus importante d'Afrique et un taux de pénétration à Internet de près de 64%. Ce qui permet à une population, dont 70% a moins de 40 ans, d'être hyperconnectés à Internet en 3G et 4G. Plus de 25 millions d'Algériens utilisent les réseaux sociaux, tous types confondus et dont 40% sont de sexe féminin. Avec une scolarité de plus de 95%, plus de 13 millions d'élèves et étudiants tous cycles, ces derniers ont près de 110 établissements d'enseignement supérieur à leur disposition. L'éco-système actif comprend plus de
4 millions de cadres et entrepreneurs...

En matière de législation, l'Algérie est-elle immunisée contre ces nouvelles technologies?
Très tôt et avant la majorité des pays comparables au nôtre, l'Algérie a mis en place des textes pour prendre en charge les nouvelles technologies de l'information et de la communication tant du point de vue économique et réglementaire que juridique et sécuritaire. La loi qui a ouvert le marché des télécommunications et a permis l'avènement d'opérateurs de téléphonie étrangers date de 2000 (loi N° 2000-03, qui a été remplacée en 2018, voir ci-dessous). Elle a permis la création d'Algérie télécom, de Mobilis et de l'Arpce (Autorité de Régulation de la Poste et des communications électroniques), mais aussi de l'Agence des fréquences et de l'Asal (Agence spatiale algérienne), entre autres structures.

Quel est le type de cybersécurité que doit développer l'Algérie au vu des risques encourus et notre positionnement par rapport au reste du monde pour mieux nous protéger?
La cybersécurité d'un pays est mesurée selon la prise en charge ou pas de six piliers, notamment les mesures légales (Législation criminelle régulation et conformité), la coopération (Coopération intra-Etat, coopération intra-agence, partenariat public-privé, la coopération internationale), les mesures organisationnelles, (la politique de stratégie de cybersécurité nationale, la feuille de route pour une gouvernance, la mise en place d'une agence spécialisée, ainsi qu'une structure d'évaluation), la protection en ligne des enfants (COP) (législation nationale, convention et protocole ONU, support institutionnel, mécanisme de suivi et de notification), le renforcement des capacités «capacity Building» (standardisation, développement de la RH, certification professionnelle, agence de certification), et enfin les mesures techniques Cirt/Cert: centre de veille de pro action ou d'action en cybersécurité).

Y a-t-il d'autres instruments dont pourrait se doter l'Algérie dans ce domaine?
L'Algérie doit se doter d'une cellule de veille, de prévention, de sécurisation et de prise en charge des cyberattaques dans le secteur des transports. Cette cellule prendra en charge les cyberattaques qui menaceraient les infrastructures, les installations des transports et les flottes terrestre, maritime et aérienne. Elle disposera de moyens humains, matériels et logiciels pour la gestion des risques liés aux cyberattaques au niveau des entreprises et des biens sensibles, particulièrement les compagnies aériennes, les compagnies maritimes ainsi que les installations portuaires et aéroportuaires.

Quelle est la technologie internet la plus utilisée en Algérie? Et est-ce que vous disposez de statistiques à ce sujet?
Avec plus de 145.000 km de fibre optique déployée sur tout le territoire national, toutes les communes du pays sont connectées à Internet avec une bande passante internationale de plus de 1,5 Tbps. Pour connecter les Algériens, six technologies différentes sont utilisées. Cela va de l'Adsl qui utilise le téléphone fixe à la 4G/LTE en passant par le Ftth (une connexion avec la fibre optique jusqu'à l'abonné, qui permet des débits de plus de 100 Mbps) le WiMax (connexion sans fil pouvant aller jusqu'à 70 Mbps), et le mobile avec la 3G et 4G. Par ailleurs, nous avons 28 125 102 abonnés à la 4G, 9 944 671 abonnés à la 3G, 2.454.574 abonnés à l'Adsl et 1.221.400 abonnés à la 4G/LTE. Selon le parc global des abonnés, la 3G et 4G représentent 84,19% de l'ensemble des abonnés.

Le classement mondial de l'Algérie traduit -il réellement le degré de maturité numérique de notre pays?
Malgré ses mauvais classements, l'Algérie est globalement en train de reprendre doucement les quelques places qui devraient normalement être les siennes. C'est ainsi que l'Algérie a été classée 117e sur 139 pays par le World Economic Forum pour le Networked Readiness Index (NRI) qui mesure la maturité numérique, elle a gagné trois places, tandis que ses deux voisins ont plus ou moins stagné dans leurs positions en étant à la 78e pour le Maroc et à la 81e pour la Tunisie.

Quelles sont alors les alternatives qui s'offrent à l'Algérie pour entamer sa mue numérique?
L'un des grands freins du développement du numérique et du retard dans sa transformation, que les classements internationaux font systématiquement ressortir avec plus ou moins de bonheur pour l'Algérie, sont tout simplement l'administration et ses lourdeurs avec son pendant naturel: la bureaucratie.

L'Etat doit-il changer sa manière de s'adresser aux citoyens et à la société?
L'intégration des réseaux sociaux d'une manière quasi naturelle dans les sociétés, est telle qu'il est désormais illusoire, voire impossible, de penser pouvoir s'adresser à une population, que constituent les audiences d'aujourd'hui, avec les outils de communication d'hier. Le plus grand des réseaux sociaux en termes de nombre d'utilisateurs ainsi qu'en popularité. Pour la distribution en âge, 72% ont entre 18 et 34 ans, 15% entre 13 et 17 ans, alors que 13% ont 35 ans et plus. Sur les 10 premières pages Facebook classées par les Algériens, la moitié sont étrangères ou gérées de l'étranger.