Ali Kahlane: “Le numérique réinvente la consommation culturelle”

Care dans la presse

PAR : Liberté- Hana Menasria
30 Novembre 2021

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Liberté : Le gouvernement a pris une option sérieuse en faveur des start-up. Quels sont les défis auxquels font face les producteurs de contenus web ?

Ali Kahlane Depuis janvier 2020, le ton avait été donné dans le premier gouvernement ainsi que par ceux qui ont suivi, en créant des départements ministériels qui ont pour mission la promotion directe de la start-up, de la micro-entreprise et de leur environnement. Il reste que pour capitaliser les expériences du passé, il est important d’aller au-delà de l'euphorie que procure l’idée même de création d’une start-up. Cette aura lui est conférée par les multiples exploits anglo-saxons, diversement repris de par le monde, avec plus ou moins de bonheur, comme peut l’attester un taux d’échecs global de plus 75% dès la première année. En ce qui nous concerne, une chose est sûre, les actions qui ont été entreprises jusqu’à présent vont dans le bon sens. Il s’agirait maintenant de les consolider afin d'encourager encore plus nos jeunes à être des entrepreneurs, des innovateurs et des créateurs d’emplois. L’entrepreneuriat est avant tout un état d’esprit qui doit d’abord être développé en interne, il ne peut être importé. Sa graine se plante dans les écoles, les universités et les centres de formation publics ou privés pour donner une société, des éco-systèmes qui encouragent la créativité, l’innovation, l’engagement social et sociétal. Il doit être une priorité dans la stratégie de développement du pays. Il est vrai que tout le monde ne peut être entrepreneur, par contre tout le monde peut profiter de cette préparation et acquérir les qualités du bon “manager”, aussi bien dans son travail en tant qu’employé que dans sa vie de tous les jours ; gérer en “bon père de famille” aura alors tout son sens. Les chiffres de la jeune expérience algérienne dans ce domaine montrent clairement que la plus grosse difficulté que rencontrent les start-up ou la micro-entreprise, de quelque secteur que cela soit, est l’accès au financement. C’est là que les pouvoirs publics ont très justement décidé d’intervenir. En fait, c’est la première raison de l'échec, tous secteurs confondus. Ce taux va de 75% et 95%, il va crescendo selon les régions, allant du nord au sud du pays. Ensuite vient l’absence de marché ou, si celui-ci existe, sa saturation avec des offres qui dépassent largement la demande, cela constitue les deuxième et troisième raisons. La quatrième raison est un plan d’affaires qui ne serait pas encore au point, pas suffisamment maturé (flawed business plan). La cinquième raison est la bureaucratie, toujours présente, rendant difficile le montage d’une start-up. Il y a moins de deux ans, cette dernière était la première raison, n’étaient les efforts des pouvoirs publics qui tendent à alléger son emprise. Les autres raisons sont beaucoup plus des défis à relever. Elles dépendent directement de la mutualisation des capacités des créateurs de la start-up et sont communes à toutes les start-up du monde. Cela va d’un mauvais calcul de coût de revient à la perte de passion ou d'un épuisement professionnel (burn out) en passant par l’inadaptation ou l’inadéquation d’un produit au marché, les mésententes qui peuvent survenir dans l’équipe et/ou avec les investisseurs ou que le leader du projet n’y croit plus ou change tout simplement d’avis quant à toute l’opération en cours.

De nombreuses start-up dans le domaine culturel ont vu le jour. Est-il facile d’émerger dans ce secteur ?

L’actuelle convergence technologique est en train de faire exploser la consommation de la culture et des médias en général. L’ARPCE totalise 43,92 millions d’abonnés à Internet dont 91% (39,97 millions) le font avec un mobile. Les pages écrites (web et réseaux sociaux), les images et les vidéos représentent 65%, la télévision sur IP (Netflix et autres abonnements de même type) représente 25%. L’ordinateur n’est utilisé qu’à hauteur de 3% pour la consommation de l’information écrite et ou illustrée, le reste est un mix d’utilisation de messageries. Les entreprises et les start-up peuvent être conceptrices et productrices de tout type de contenus qui peut aller de l'infographie au web classique en passant par le codage qui ouvre des perspectives infinies en productions de toutes sortes. Le dessin, la peinture, la bande dessinée assistés par ordinateur, la création des codes pour la sculpture automatisée au moyen de l’impression 3D, la réalisation de court et long métrages, leur montage vidéo, leur communication, leur distribution, leur archivage... Le numérique ne fait pas que changer les paradigmes de la culture, il réinvente aussi la consommation culturelle. Grâce à leur agilité, les start-up pourraient être un maillon important dans les industries culturelles et créatives, elles peuvent grandement faciliter l’accès à la culture pour tous. Il suffit qu’elles utilisent le numérique comme levier d’inclusion sociale. 

Quels sont, selon vous, les facteurs-clés de réussite des micro-entreprises dans le domaine culturel ? 

Le secteur de la culture n’a rien à envier aux secteurs qui ont investi le domaine des start-up et de la micro-entreprise, ils en ont compris les codes et ils y évoluent en terrain connu. Plusieurs expériences existent en Algérie. Nous pourrions citer celui du secteur du ministère des Transports, l'incubateur Naql Tech. Il est l’un des premiers incubateurs thématiques, fruit d’un partenariat public-privé. Il forme, accompagne et incube des porteurs de projets jusqu’à la réalisation et l'accélération de leur start-up. La wilaya d’Alger est à l'origine de plusieurs initiatives telle que l’ACSE, qui est un incubateur de type co-working spécialisé dans l’entrepreneuriat social. Il y a bien sûr l’ANPT, qui est en fait le premier incubateur algérien, situé au cyberparc de Sidi Abdellah, il faisait du coworking avant l’heure, vu que l’immeuble multi-locataires a ouvert ses portes il y a plus de 10 ans. Il y a aussi WomWork qui est un incubateur et un coworking entièrement dédié aux femmes et à tout projet porté par elles. Il comporte aussi un dispositif de financement 100% féminin, de type Business Angels, l’Anissa Business Angels finance les projets incubés ou accélérés. La génération des plus de 25 ans est la dernière génération qui aura connu un monde sans Internet, il lui appartient de léguer un patrimoine lisible par la dernière qui est entièrement numérisée. 

Entretien réalisé par: Hana Menasria

https://www.liberte-algerie.com/culture/le-numerique-reinvente-la-consommation-culturelle-369090