Ali Harbi: Le sort des entreprises reste lié à la commande publique

Care dans la presse

PAR : Wassila Ould Hamouda- Horizons
26 Octobre 2021

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Ali HARBI, membre de Care, expert en stratégie de développement durable et gouvernance : «Les difficultés des entreprises sont liées à la baisse de la commande publique»

 L’expert en stratégie de développement durable et de gouvernance, membre du Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care), Ali Harbi a, dans entretien accordé à Horizons, souligné que «le secteur économique algérien connait en fait des crises récurrentes du fait du modèle économique dépendant à l’extrême des hydrocarbures. Depuis le choc baissier des cours du pétrole en 2014, les entreprises connaissent des difficultés liés à la baisse de la commande publique et du pouvoir d’achat des ménages, comme elles subissent les contre coups des fluctuations des cours des matières premières sur le marché mondial. A cela s’ajoutent les effets de la crise sanitaire due à l’épidémie Covid-19, qui ont plongé de nombreux secteurs dans le rouge comme le BTPH, les activités de voyages, les transports publics. Par effet domino, d’autres secteurs sont affectés avec un effet différé comme la production alimentaire qui commence à ressentir les effets de la baisse de pouvoir d’achat en conjugaison avec une hausse des matières premières». Sur la situation des entreprises il indiquera qu’«à ce jour la situation est encore critique car il n’y a pas eu de plan de soutien effectif aux entreprises. Le crédit d’exploitation qui aurait dû permettre aux entreprises de souder les bouts est rarement arrivé. Les dispositions d’aides fiscales et parafiscales non plus. Avec la reprise, de nombreuses entreprises ne disposent pas de la trésorerie pour reprendre les activités». 
Les mesures prises par les pouvoirs publics pour venir en aide aux entreprises sont-t-elles suffisantes?
C’est clairement non. Malgré plusieurs annonces et des petites mesures d’aides directes dont le bilan n’est pas fait, la plupart des entreprises n’ont pas bénéficié d’aides publiques au plus fort de la crise sanitaire. Certains sondages font ressortir un taux de 5% de PME qui auraient bénéficié d’aides directes, de reprofilage de crédit ou de crédits francs ou de facilités fiscales et parafiscales. Les demandes d’échéancier sont restées le plus souvent dans réponses.
Une  restructuration s’impose …
S’agissant des secteurs les plus affectés par cette double crise, le membre du Care a fait observer que «c’est surtout le BTPH qui a été affecté et son poids dans le PIB hors hydrocarbures est assez important avec plusieurs centaines de milliers de PME. Le secteur textile productif est plus restreint en Algérie. La relance du BTPH dépend évidemment de la commande publique qui peut être relancée au travers de mécanismes PPP c’est-à-dire partenariat public privé, sut les projets d’infrastructure à caractère économique. Le bâtiment proprement dit dépendra des ressources financières, mais il faudrait encourager le développement des promotions immobilières privées à prix raisonnable et ou soutenu par l’État.» Et d’ajouter dans le même sens «le secteur doit être lui-même restructuré pour aller à l’international et exporter sa capacité de réalisation. Cela va ouvrir de nouveaux relais de croissance pour le secteur. Cela est faisable, pourquoi une PME turque peut venir réaliser des marchés en Algérie et une entreprise algérienne ne pourrait pas aller obtenir des marchés au Niger au Mali en Libye ou ailleurs? Cela nécessite bien sûr des ajustements de politiques publiques et d’accompagnements notamment en matière d’infrastructure qualité et de modes de financement.»
 Le PPP est-il une solution de sauvetage ?
Sur cette question, Ali Harbi a indiqué que «le PPP ne peut pas être un moyen direct de sauvetage des entreprises en difficulté, mais peut contribuer indirectement. Le PPP est par définition un partenariat entre État et des opérateurs privés sur des réalisations d’infrastructures publiques  à caractère économique comme, par exemple, un barrage ou une autoroute ou une centrale électrique, ou bien sûr de la délégation de service public comme par exemple la gestion des déchets. Cela nécessite pour cela un cadre juridique et des entreprises privées performantes. Maintenant si vous parlez de partenariat entre des entreprises publiques en difficulté et des entreprises privées, cela ne rentre pas dans le cadre du PPP, mais c’est du ressort de la privatisation ou de contrats de management sans cession d’actifs. Et dans ce cas oui le partenariat avec le privé peut aider à relancer certaines entreprises publiques en difficulté, mais pas toutes. C’est au cas par cas ».Abordant la place de l’entreprise dans le plan d’action du gouvernement, l’expert a indiqué que ce dernier «présente l’avantage de reprendre de nombreuses propositions qui ont été déjà formulées lors de précédentes consultations ou par des organisations patronales ou des thinktanks. Il accorde donc une marge place à l’entreprise et à la problématique entrepreneuriale et d’investissement en Algérie. Toutefois, une longue liste de propositions vertueuses ne peut constituer un plan d’action efficace ni crédible. Nous devons attendre donc comment le gouvernement en tant qu’entité comme les différents secteurs vont décliner ce plan d’action et le mettre en œuvre. A notre avis en tant que thinktank Care, le plan d’action ne présente pas les articulations principales et les mesures phares à mettre en œuvre pour obtenir clairement des résultats. Toutefois nous préférons attendre les éléments de mise en œuvre pour nous prononcer». Care, a-t-il dit, qui est «un think tank qui se concentre sur les questions d’entreprise depuis sa création au début des années 2000 a eu l’occasion à plusieurs reprises de formuler des propositions aux différents gouvernements y compris dans le cadre de consultations formelles qui ont eu lieu».
W .O. H

https://www.horizons.dz/archives/28803