Relocalisations: Penser le Maghreb

Matinales 17 Juin 2020

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PAR: El Mouhoub MOUHOUD. Economiste. V-Pdt université Paris-Dauphine • MODÉRATION: Mohand TOUAZI

L’après Covid-19 : Une post mondialisation complexe

Comme l’auteur notamment de Mondialisation et Délocalisation des entreprises (La Découverte, 2017) le prédisait depuis longtemps dans ses travaux académiques, l’hyper-mondialisation de la fragmentation des chaines de valeur mondiales, c’est-à-dire la tendance à délocaliser les activités d’assemblage ou l’approvisionnement en composants intermédiaires vers les pays à bas salaires en Chine par exemple, s’essoufflait déjà dès la fin des années 2000 en raison du retournement des mêmes facteurs qui l’avaient stimulée dans les années 1990-2000. Les coûts d’approvisionnement et les coûts salariaux unitaires dans les pays émergents sont partis à la hausse dès le milieu des années 2000 et les relocalisations se sont alors accélérées aux États-Unis, au Japon et en Europe. S’ajoutent l’accélération de la robotisation des chaines d’assemblage, la hausse des coûts de transport et de transaction dans certains secteurs, et les problèmes de délais de livraison, et de qualité ou de sécurité des produits délocalisés. Les ruptures d’approvisionnement liées au choc du Covid-19 n'ont fait que révéler au grand jour ces risques des délocalisations.

Selon le Professeur Mouhoud, si les relocalisations sont amenées à s’accélérer dans les industries robotisables, un boom des délocalisations pourrait bien advenir dans les activités de services. Les services sont devenus potentiellement délocalisables tout en garantissant leur contrainte intrinsèque de synchronie temporelle consommation/production. En outre, sous-traiter des tâches de services à distance n’est pas sensible au protectionnisme commercial ni au coûts de transports. Enfin, les acteurs du secteur de la distribution comme de la production de services (banques, assurances…) mais aussi les consommateurs (entreprises ou ménages) vont bénéficier d’un effet d’apprentissage et de réseau du confinement mondial dans l’usage des technologies numériques sans précédent. Cet effet d’apprentissage dans l’outsourcing ou la sous-traitance de services immatériels à distance touchera aussi les services de la connaissance à forte valeur ajoutée, y compris, paradoxalement dans le secteur de la santé et du soin.

Risques et opportunités pour les pays du Sud de la Méditerranée

Y-a-t-il une carte à jouer les pays du Maghreb ? Plusieurs opportunités que le Professeur MOUHOUD se propose de mettre au débat public sont à saisir. Il faut savoir que dans l’industrie manufacturière des pays de l’OCDE, en moyenne près de 40% des emplois sont liés aux services (marketing, R&D, transports, logistiques, informatique, etc.). Et dans ce domaine, la proximité linguistique et culturelle est absolument nécessaire, ce qui rend les pays du Maghreb attractifs sur ce point. L’industrie pharmaceutique au Maghreb pourrait ainsi bénéficier d’une diversification des pays européens qui cherchent à diminuer leur dépendance vis-à-vis de l’Inde et de la Chine.

Mais plusieurs problèmes se posent à ces pays pour réussir à bénéficier de la régionalisation des chaines de valeur mondiales. Le premier obstacle réside dans la fragmentation de ces pays. L’absence ce marché régional maghrébin est une limite à un rattrapage économique et technologique digne de ce nom. Les coûts de transactions entre l’Algérie, le Maroc et la Tunisie sont environ 4 fois supérieurs à ceux entre ces pays et l’Union européenne. Les pays du Maghreb sont à la croisée des chemins. C’est bien de ces chemins que le professeur Mouhoud se propose de débattre lors de cette conférence organisée par CARE.

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