Le nouveau président face à une conjoncture de crise: quelles mesures pour alléger le fardeau économique?

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16 Décembre 2019

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https://www.reporters.dz/2019/12/15/nadhir-laggoune-expert-en-strategie-dentreprises-le-president-aura-plusieurs-priorites-a-traiter-simultanement/
 
 

Le nouveau président sera confronté dès les premiers mois, voire la première année de son mandat, à répondre à cette problématique sensible éludée, du moins peu développée lors du débat télévisé entre les cinq candidats, vendredi

6 décembre, et qui aurait pu départager les cinq prétendants à la magistrature suprême au sein de l’opinion publique.

Le moins qu’on puisse dire est qu’il devra affronter une situation financière très tendue, caractérisée par un manque de ressources, pour financer les dépenses publiques et, partant, prendre les premières mesures courageuses en fonction des priorités pour contribuer à rétablir les équilibres budgétaires et réduire le déficit de la balance des paiements. Il sera contraint d’effectuer des arbitrages dans les dépenses. Le premier magistrat du pays assistera sans doute au décalage entre l’argent disponible et l’ampleur des dépenses à consentir pour respecter les engagements affichés dans son programme électoral ou lors de la campagne électorale. La tâche du nouveau Président ne sera pas facile. Car il s’agit parallèlement de corriger les erreurs économiques graves commises durant ces vingt dernières années, modifier une trajectoire ultra dépensière et d’introduire plus de rationalité dans le fonctionnement de notre économie. La dilapidation des deniers publics, les errements économiques de ces vingt dernières années, notamment le détournement de toute une économie au profit d’oligarques, comportent un prix à payer. Le nouveau Président pourra-t-il éviter, en particulier, la dévaluation du dinar et son corollaire, l’érosion du pouvoir d’achat prévu en 2020 ? Pourra-t-il baisser les impôts, une mesure promise au profit d’une large frange de la population lors de la campagne électorale ? Pourra-t-il prendre des mesures très courageuses en l’absence ou en déficit de légitimité ?

Pour éclairer l’opinion publique sur cette problématique des urgences économiques, Reporters a fait appel à deux spécialistes de l’économie nationale.

Nadhir Laggoune, expert en stratégie d’entreprises : «Le président aura plusieurs priorités à traiter simultanément»

 

A mon sens, le futur président de la République aura à rétablir la confiance du peuple et des milieux d’affaires et préciser sa vision stratégique de l’avenir du pays. A ce titre, il aura plusieurs priorités à traiter simultanément.

1.  Faire faire par un cabinet d’audit réputé un état des lieux des finances publiques et en communiquer le résultat. Cet état des lieux permettra au nouveau gouvernement de prendre les décisions qui s’imposent et tenir le peuple informé de l’état réel des finances du pays. Il faut arrêter de mentir au peuple et si quelque chose ne va pas bien, il faut le lui dire.

2.  Lancer une réflexion ouverte et sincère afin de rétablir le dialogue rompu avec les forces vives de la nation (jeunesse, société civile, partis d’opposition, personnalités du Hirak) en vue de réviser la Constitution et instituer un Etat de droit, une séparation des pouvoirs et une meilleure gouvernance de l’Etat et des institutions publiques.

3.  Etablir un plan stratégique (Algérie 2030) énonçant la vision qu’il convient d’engager pour le pays dans les différents secteurs (Politique, Economie, Santé, Education, Agriculture et Ecologie, Transition énergétique, etc.). Ce plan stratégique mobilisateur, réaliste et ambitieux devra être le fruit d’une réflexion d’experts et d’une certaine adhésion populaire (forme de représentativité populaire à définir). Ce plan stratégique engagera ce gouvernement ainsi que les suivants. Il sera accompagné par la création d’un ministère de la Stratégie en charge de son suivi et de sa mise en oeuvre.

4.  Lancer une série de mesure d’urgence permettant d’assainir et relancer rapidement l’économie et contenir le déficit de l’Etat :

·        Elargir progressivement et fermement l’assiette de l’impôt au secteur informel tout en allégeant la fiscalité des secteurs économiques déclarés.

·        Cibler des subventions aux seules personnes à faibles revenus.

·        Réduire les budgets des ministères budgétivores tels que l’Armée ou les anciens moudjahidine.

·        Libérer des règlements que doit l’Etat aux entreprises afin d’en éviter les faillites en cascades.

·        Lancer une stratégie de négociation d’emprunts extérieurs afin de financer une croissance productive.

·        Arrêter les formules d’accès au logement soutenues par l’Etat sans participation de l’épargne populaire et les remplacer par de nouvelles formules nécessitant une réelle épargne des souscripteurs.

·        Généraliser les paiements électroniques en vue d’éliminer progressivement le cash qui favorise l’informel…

K. R.