Épuration : La valorisation des boues pour des besoins agricoles nécessite une réglementation adaptée

 

ALGER – La valorisation des boues d’épuration des eaux usées pour les besoins de l’agriculture dans le pays nécessite une réglementation adaptée, a indiqué mardi à Alger, la directrice de l’assainissement et de la protection de l’environnement au niveau du ministère des Ressources en eau, Nora Frioui.

S’étant exprimée lors d’un atelier portant sur l’assainissement et la valorisation des boues organisé en marge de la 15e édition du Salon international des équipements, des technologies, des services de l’eau et de environnement (SIEE Pollutec 2019), cette responsable a déclaré que « Ces boues sont actuellement utilisées et elles sont offertes ».

« Il est nécessaire pour une plus ample utilisation d’instaurer une réglementation adaptée », a encore ajouté cette responsable à l’APS en marge de la rencontre, notant que ces boues utilisées, et dont le coût est important à la production, sont offertes gratuitement aux agriculteurs à l’instar des eaux épurées.

« Aujourd’hui nous avons une norme qui nous permet de valoriser les eaux épurées dans l’agriculture, mais il est actuellement non possible d’en tirer profit vu que cette eau c’est considérée comme un déchet », a expliqué Mme Frioui.

Selon elle, au vu des sommes financières importantes investis dans le traitement des eaux usées et l’extraction des boues et les rendre utilisables dans les cultures agricoles, « nous voudrions bien que celles-ci soient vendues à des investisseurs privés -pour ce qui est des boues-, et ce pour pourvoir rentabiliser et réinjecter ces financements dans cette industrie, surtout que le tarif de l’eau est subventionné l’Etat ».


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Les boues, un fertilisant produit en même temps que les eaux épurées

A l’arrivée des eaux usées et des eaux pluviales brutes vers les stations d’épuration, elles sont d’abord débarrassées des déchets solides tels le sable, le plastique et les différentes matières solides et débris emmenés par le torrent, mais aussi, des huiles et matières grasses qui peuvent causer un effet d’imperméabilité (filme) avant de passer à l’étape de traitement biologique, a expliqué Mme Frioui.

Apres cette première étape de prétraitement, survient ensuite l’étape du traitement de l’eau dans un bassin biologique où intervient l’oxygénation de cette eau, une oxygénation qui permet alors aux bactérie présentes dans l’eau de consommer les produits polluant qui y sont contenus.

Ce sont ces bactéries-là qui au fil du processus évoluent et se prolifèrent que l’on appelle les boues, car ce sont des matières organiques mélangées à du phosphore et de l’azote, des matières « excellentes comme engrais pour les cultures agricoles ».

Ces boues récupérées alors et débarrassées de l’eau à travers notamment une déshydratation mécanique et est fin prête à être utilisée dans l’agriculture.   

Dans une vision qu’elle définie comme « maximaliste », Mme Frioui explique que le département ministériel des Ressources en eau ambitionne une réutilisation intégrale des eaux usées épurées et des boues produites dans le pays à l’horizon 2030, pour le bien de l’agriculture et de la nature, en « redonnant vie à l’eau ».


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Et d’ajouter: « actuellement 60 millions de m3 d’eaux usées épurées sont utilisées en agriculture en irrigant 12.000 hectares de cultures », ce qui équivaut à 10% de la capacité installée et environ 20% des eaux effectivement épurées, ce qui reste peu ».

Concernant les boues, « nous  produisons actuellement à peu près 350 tonnes de matières sèches dans les différentes stations d’épuration, et le nombre est en évolution, et d’ici peu il serrait possible d’y intégrer divers agrégats, différencier les produits et en faire une véritable industrie », a-t-elle noté.

Cette industrie a donné ses résultats ailleurs dans le monde, et même au niveau national elle donne déjà des résultats puisque certains agriculteurs viennent la récupérer, a fait savoir la responsable en ajoutant  » nous la donnons seulement pour les cultures arboricoles ».

Dans ce sens, la responsable a expliqué qu’au vu des risques liées à une utilisation approximative des boues, seules celles ne comportant pas de traces métalliques sont actuellement développées et offertes aux arboriculteurs.

A cet effet, elle a également mentionné qu’une étude est actuellement en cours en collaboration avec l’Institut national de recherche agronomique d’Algérie (INRAA) qui de même se penche sur la question des boues.