le 14.05.18 | 12h00 

«La paresse et l’incompétence pèsent lourdement sur l’avenir économique du pays»

In El Watan:  « Il y a une masse critique de chefs d’entreprise qui ont peur de peser sur la décision économique. Il ne s’agit pas de lobbying. Il s’agit plutôt d’apporter des propositions constructives et qui ne vont pas forcément dans le sens des idées du pouvoir, mais dans le sens de l’accélération du processus de diversification de l’économie. »  

Comment évolue l’économie nationale dans le contexte actuel ?

Le contexte est certes difficile, mais le gros handicap de l’Algérie c’est l’état d’esprit qui prévaut. A mon avis, la relation entre le monde économique et le système en place est une relation assez étrange dans sa forme. Il n’y a pas d’émancipation réelle du monde de l’entreprise vis-à-vis du pouvoir, et cela est très gênant parce que cela ne permet pas de créer un lien qui soit réellement productif. Même si dans les discours les grandes associations portent un message en disant que nous sommes plutôt dans une relation positive et constructive, cette relation ne peut pas être constructive quand c’est une relation de soumission totale.

Ce n’est pas possible ! Vous ne pouvez pas être critique avec le pouvoir ; dès que vous le faites, vous êtes catalogués et dès que vous l’êtes, l’administration met en marche une machine de guerre que plus personne ne peut arrêter. Toutefois, il y a beaucoup d’éléments qui permettent d’espérer un autre avenir économique pour l’Algérie autre que celui auquel on nous prédispose actuellement par des décisions à l’emporte-pièce et par une instabilité juridique permanente.

Quels sont ces éléments ?

Il y a quelques signaux positifs, comme ces efforts de l’e-administration du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales. Paradoxalement, c’est le département le plus dynamique sur ce point, avec celui de la justice.

Dans les autres secteurs ?

Dans les autres activités, il y a des archaïsmes qui sont le fait de mandarins dans l’administration qui se sont habitués pendant les vingt-cinq dernières années à ne rien faire et qui continuent à ne rien faire et à ne rien apporter. Il y a, de mon point de vue, la conjonction de deux éléments : l’incompétence et la paresse, qui, ensemble, sont en train de peser lourdement sur l’avenir économique du pays. Nous pouvons ensemble, l’administration et le monde de l’entreprise, arriver à produire des propositions qui ont du sens.

C’est ce que vous avez fait en juillet dernier dans le cadre du cercle CARE à travers le Programme des réformes économiques pour l’entreprise…

Il n’y a pas eu d’échos. Je le répète : il y a de la paresse et de l’incompétence. Nous évoluons dans un climat sur lequel on ne peut pas peser en tant que chefs d’entreprise. Nous avons un rôle et une responsabilité en tant que tel pour le faire. Mais, ce qui se passe, il y a une masse critique de chefs d’entreprise qui ont peur de peser sur la décision économique. Il ne s’agit pas de lobbying. Il s’agit plutôt d’apporter des propositions constructives et qui ne vont pas forcément dans le sens des idées du pouvoir, mais dans le sens de l’accélération du processus de diversification de l’économie et d’un rééquilibrage de la balance.

Quelles sont vos propositions justement ?

Je pense, a contrario de ce que prétendent beaucoup d’associations patronales, que les Investissements directs étrangers (IDE) sont une piste très importante pour aller vers la diversification. Je pense que le cadre de l’investissement devrait être revu très rapidement pour être incitatif aux IDE. Je m’inscris en faux par rapport aux déclarations du patronat, qui parle de certaines règles, dont la 51/49, qui n’est pas bloquante. C’est faux, ils sont en train de répéter inlassablement ce qu’est en train de dire le pouvoir, comme s’ils ne pouvaient pas exprimer un avis contraire.

Samira Imadalou

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