L’acteur économique local doit être au centre de toutes les politiques de développement visant à dynamiser et à diversifier l’économie nationale. Aucune initiative économique ne peut réussir sans l’inclusion active des opérateurs économiques locaux, quelle que soit la taille de leur activité. C’est le résultat préliminaire d’une étude menée par deux experts du monde de l’entreprise, Mahrez Aït Belkacem et Amel Belaïd.

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S’exprimant hier à la 8e Matinale du Cercle d’action et de réflexion sur l’entreprise (Care), organisée à l’hôtel Hilton à Alger, les deux experts, qui ont sillonné huit wilayas, ont dévoilé une partie des conclusions de leur initiative qui se poursuit toujours. «L’acteur local a beaucoup de choses à partager. Il a un savoir-faire très utile pour le pays, y compris en commerce international», a indiqué Mahrez Aït Belkacem qui n’hésite pas à plaider pour un changement de regard envers cette catégorie si importante à ses yeux. «Nous devons changer du regard envers les chefs d’entreprise locaux. Nous n’avons pas de leçons à leur donner comme le croient certains. Alger n’est pas l’Algérie», a-t-il dit. Pour étayer ses propos, il relatera un fait qui s’est déroulé dans la wilaya de Tamanrasset. «Nous avons rencontré des gens qui maîtrisent des concepts du commerce international. Ils ont l’habitude de marchander avec les pays voisins. Leur savoir-faire devrait servir», a-t-il dit avant d’appeler carrément à la création d’un mécanisme permettant de consulter régulièrement les acteurs économiques locaux. «Ces chefs d’entreprise ne demandent qu’à être écoutés», a-t-il souligné. En outre, il estime que les programmes économiques ne doivent plus ignorer ces acteurs. «Les idées qui sortent des laboratoires sont vouées à l’échec. Il faut tenir compte des réalités du terrain», a-t-il appelé. Au passage, il a fait remarquer que des responsables locaux affichent un engouement envers le développement économique. «Le président de l’APW de Tamanrasset a tout fait pour que notre mission soit une réussite. Il nous a donné tout, même son propre bureau», a-t-il dit. Poursuivant son analyse, l’expert a soulevé un autre problème lié à la représentation sociale. «Nous avons un vrai problème de représentation sociale dans notre pays. Cela est clairement visible dans les réunions de la Tripartite», a-t-il dit en allusion à la Centrale syndicale qui revendique la représentation de toute la classe ouvrière en Algérie. En plus de l’importance de l’acteur économique local, l’étude est arrivée à une autre conclusion importante. Il s’agit de la nature des entraves dans le monde de l’entreprise. «Nous avons constaté que les entraves que rencontrent les chefs d’entreprise sont les mêmes dans tous les coins du pays. Ce qu’on peut désormais appeler le socle commun», a annoncé, en ce qui la concerne, Amel Belaïd. Elle ajoute : «Nous n’avons pas constaté des problèmes spécifiques à une région. Les entraves et les lacunes sont pratiquement les mêmes partout.» Toutefois, elle se dit épatée par le modèle économique mozabite. «Il y a un modèle économique intéressant qui mérite l’attention dans la wilaya de Ghardaïa», a-t-elle affirmé. «L’organisation familiale de l’entreprise dans cette région du pays mérite une étude sérieuse pour en tirer des profits», a-t-elle poursuivi. Toujours sur Ghardaïa, Mahrez Aït Belkacem s’est dit émerveillé par la volonté des chefs d’entreprise de cette région à prendre part à cette étude. «Ils ont tout fait pour nous rencontrer et partager leur expérience avec nous. C’est une très bonne chose à laquelle on ne s’attendait pas», a-t-il révélé avant d’insister, à son tour, sur la nécessité d’étudier le modèle entrepreneurial mozabite. Pour sa part, interrogée sur les sujets traités lors des rencontres organisées avec les chefs d’entreprise des wilayas visitées, la conférencière en cite quatre : «Les discussions ont porté sur les ressources humaines, la relation avec l’administration publique, la gouvernance de l’entreprise et aussi sur le système financier algérien», avant d’indiquer que les conclusions finales de leur enquête soutenue par le Centre international pour l’entreprise privée (Cipe) seront publiées une fois que tous les acteurs concernés auront donné leur avis.

ENTRE 800 000 ET 850 000 ENTREPRISES EN ALGÉRIERetrouvant sa casquette d’expert indépendant, l’ancien ministre des Finances Abderrahmane Benkhalfa a déclaré à la presse, à l’occasion de la 8e rencontre du Care, que le nombre d’entreprises en Algérie varie entre 800 000 et 850 000. Un chiffre largement en dessous de la moyenne mondiale par rapport au nombre de la population. S’adressant aux experts, il leur dira que leur travail ne doit pas rester lettre morte.

8% DE FEMMES DANS LE MONDE DE L’ENTREPRENEURIATSi les femmes occupent plus de 35% des assemblées élues dans le pays, c’est loin d’être le cas pour le monde de l’entrepreneuriat qui reste sous domination masculine. Selon l’avocate Aïcha Zinai, les femmes ne représentent que 8% de chefs d’entreprise. Un taux très faible par rapport aux potentialités que recèle le pays, notamment si l’on sait que plus de 64% des étudiants sont des filles.